Versailles, août 2011.trianon

Visite du Grand Trianon et d’une exposition sur la mode 
Le XVIIIe au goût du jour, couturiers et créateurs de mode au Grand Trianon.
Jusqu’au 9 octobre 2011.
Avec le concours du Musée Galliéra (Paris) qui a prêté plusieurs robes.

 

L’exposition se réfère à l’état d’esprit du film de Sofia Coppola sur Marie-Antoinette, une grande amatrice de mode qui savait vivre et disposait de solides ressources financières. Un beau XVIIIe siècle, peut-être préférable aux régimes policiers et bourgeois qui lui succédèrent.

Dans chaque salle du Trianon figure un costume d’époque (XVIIe ou XVIIIe siècle) et des créations contemporaines. Le mélange d’ancien et de nouveau redonne vie au musée. Cela permet de casser la muséification de la société française. Le passé doit servir au présent. Dépoussiérons, rajeunissons, cassons le respect hypocrite et snob pour la culture, les convenances, les traditions. Le respect du patrimoine a atteint des niveaux exagérés. L’enseignant d’histoire devra critiquer cette notion quand il fera cours.

Je n’étais pas venu depuis longtemps et le Trianon est bien plus vivant ainsi. Le tourisme qui aime bien les nécropoles ne doit pas nous faire oublier que ce palais fut un lieu de vie.

Les couturiers dont on présente les créations viennent de tous pays : Vivienne Westwood, Karl Lagerfeld, Dior, Jean-Paul Gaultier, Christian Lacroix, Azedine Alaia, Thierry Mugler, Olivier Theykens, Balenciaga, Yohji Yamamoto, Alexander McQueen... Quel bonheur que ce cosmopolitisme. Les cultures voyagent, échangent, dialoguent. Vive la mondialisation. La culture française ne peut qu’y gagner alors qu’un repli souverain et protectionniste ferait de «notre» pays une gigantesque maison de retraite. D’ailleurs ces couturiers s’inspirent souvent de grands tableaux français : Boucher, Fragonard.

Les notices des vêtements comportent beaucoup de termes techniques. La haute couture est un métier savant, un art. Quelques mots seulement sont traduits. Nous apprenons ainsi qu’un panier est une armature de cerceaux en osier soutenenant un jupon pour lui donner du volume ( d’où l’expression «mettre la main au panier»). Un «grand habit» est une tenue de cour compliquée comportant une jupe sur un grand panier. Une robe à la française est un grand manteau sur une jupe. 
On souhaiterait davantage d’explications et pourtant l’abondance de ces mots abscons et mystérieux produit une musique qui donne une certaine poésie aux notices et l’on renonce à comprendre pour se laisser bercer.  Après tout, le vocabulaire de Rimbaud et de Saint-John Perse n’est pas toujours d’un accès facile.

Ces vêtements valaient fort cher et ne pouvaient être enfilés qu’avec l’aide d’une servante. Ils ne pouvaient être portés que par l’aristocratie fortunée. Une partie de la population crevait de faim.
A partir de la fin des années 1770 la mode devient plus simple, plus naturelle. Influence du rousseauisme, besoin de «retour» à la nature, écologie style princesse etc. La fascination pour le pouvoir, sa comédie et ses rituels est passé de mode, on est à la recherche d’une vie plus agréable, plus intime, plus confortable.

On voit aussi des habits d’homme.

Dans les vitrines quelques accessoires : éventails, bourses, poches....

Voici ce qui m’a charmé :

- Dans le boudoir de l’impératrice, Vivienne Westwood présente une robe du soir, collection Vive la cocotte, en satin Duchesse de couleur rose corail et dentelle. De nombreux rubans. Cette couleur corail a quelque chose de provocateur qui fait plaisir.

- Azedine Alaia : petite robe à bustier lacé en broderie anglaise. Couleur blanche.

- Pierre Balmain : robe du soir Antonia, semis de roses en mousseline rouge sur satin Orlon.

- Une robe de ville de 1850 environ. Taffetas de soie impression chaine gris vert d’eau à bouquets de fleurs.

- Jacques Doucet, une robe noire faite de satin broché noir et de chantilly noire.

- Maison Martin Margiela. Une robe étroite droite et longue en laine chinée, jolie teinte beige-blanc. .

-  Dior, robe soie vert pâle et tulle dégradée blanc avec... oh c’estmagnifique... de petites fleurettes rose clair. Cela me fit penser à une glace à la pistacle. Miam miam.

- Dior, inspirée par Fragonard,une robe Doutzen Kroes en taffetas de soie rose changeante voilée de tulle dragée.

Dans le salon de musique

- Yamamoto, robe à pans noirs et blancs à motif pied de poule et pied de coq (je n’invente rien...).

- Rochas (directeur Olivier Theyskens), une veste et une jupe pour le film de Sofia Coppola. Elle s’inspire de tenues anciennes. Tulle, faux cheveux dans le dos. L’ensemble est bleu clair.

Salon de famille

De Jean Paul Gaultier, une veste en cuir marron clair et feuilles d’organza jaunies.

De Dior, une robe rouge en moire et velours rouge parée de broderies bleues et blanches (fleurs d’artichaut, semble-t-il). Le bas de la robe est en fait en fourrure d’hermine.

Dans le salon frais, sous des tableaux représentant le château et son parc à l’époque royale, deux charmantes robes en coton blanc du XVIIIe s., l’une de style français et l’autre de style anglais.

Dans l’immense Galerie des Cotelle qui fut autrefois bien vide et reprend maintenant vie:

- De Vivienne Westwood, une robe du soir Watteau, rouge et violette, avec du taffetas de soie rouge.

- Toujours de la même, une robe reproduite dans l'affiche de l'exposition, en satin Duchesse avec des impressions circulaires noires bleues et roses. Dentelles. Voir la photo ci-jointe.

- Caraco et jupe vers 1780, taffetas de soie rouge, matelassé, des rubans de soie rouge sur la poitrine. J’aime beaucoup le rouge.

- De Christian lacroix, une veste-liseuse verte, en taffetas changeant, quiété froncé et volanté.

- Deux robes du soir avec des fleurs.

Chambre de l’impératrice

- Balanciaga, ensemble blanc crême pour femme avec des dentelles qui ruissellent sur tout le vêtement.

- Karl Lagerfeld

- A. Alaia, petite robe à bustier lacé en broderie anglaise sur jupon. Blanc. Très sensuelle : petits boutons sur le devant, taille mince, hanches mises en valeur, poitrine pigeonnante.

Salon de la Chapelle

-Pierre Balmain, robe du soir Antonia 1954. Semis de roses en mousseline rouge sur satin Orlon. Un vrai poème, cette notice.

- Robe de ville vers 1850. Taffetas de soie impression chaîne gris vert d’eau à bouquets de fleurs.

«Comme des garçons».
Un titre qui évoque une chanson yé yé.

- Thierry Mugler présente un crinoline Hells Angels.

-Yamamoto : veste en coton enduit d’argent.

- Jacques Doucet : robe noire avec du satin noir.